Gestion du Covid-19 au Burkina :  « Il y a des contradictions flagrantes au sommet de l'Etat », Eddie Komboïgo président du CDP Spécial

mardi, 14 avril 2020 13:17 Écrit par  Infobf.net Publié dans Avril 2020

Le point de presse de mardi du Chef de file de l’Opposition politique burkinabè a eu lieu ce 14 avril 2020, au siège de l’institution. Pour donner sa lecture de la situation nationale dominée par la crise au Coronavirus, le CFOP était représenté par deux présidents de partis politiques que sont Eddie Komboïgo, président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), et Yumali Lompo, président du Parti national des démocrates sociaux (PNDS). L’Opposition a fustigé le plan de riposte du gouvernement et dans l’ensemble, sa gestion de la crise. « Avec les 58 milliards que le MPP veut mouta mouta pour la prise en charge des patients, on peut construire un autre hôpital à l’image de l’hôpital Blaise Compaoré, Tingandogo, si vous voulez, qui a couté à l’époque 48 milliards de FCFA », dira Eddie Komboïgo qui a lu la déclaration liminaire que voici. 

Déclaration liminaire

Bonjour, Mesdames et Messieurs les journalistes !

Merci d’avoir répondu encore une fois présents au point de presse du Cadre de concertation du Chef de file de l’opposition.

Bien avant de commencer, nous tenons à renouveler notre ferme condamnation du massacre de populations civiles et les attaques contre les Forces de défense et de sécurité (FDS) dans notre pays.

Nous réclamons vérité et justice pour toutes les victimes, et nous demandons au Gouvernement de tout mettre en Å“uvre pour protéger la vie humaine et défendre l’intégrité territoriale du Burkina Faso. Nos échanges de ce jour vont porter sur trois sujets, à savoir :  

â–ªla gestion de la Covid-19 au Burkina Faso ;   

â–ªles crises en lien avec la Covid-19 ;   

â–ªet les attaques terroristes.

Chers journalistes,

Cela fait un mois que notre pays fait face à la maladie à coronavirus, à l’instar des autres pays à travers le monde. Mais, contrairement aux autres pays de la sous-région, au Burkina Faso, le nombre de morts dus à la Covid-19 est élevé, et l’opinion publique désapprouve de plus en plus, la manière dont les gouvernants gèrent cette crise.

L’Opposition politique présente ses sincères condoléances aux familles éplorées, et formulent le vÅ“u que les malades soient rapidement rétablis. Concernant le budget du plan de riposte, le document officiel rendu publique la semaine dernière prévoyait un montant ahurissant de 121 milliards de francs CFA pour la location d’hôtels et l’achat de nourriture pour les malades de coronavirus. 

Vous-vous rappelez, l’Opposition politique et l’ensemble des patriotes sincères ont rejeté en bloc cette idée, qui n’est autre qu’une nouvelle voie royale pour le MPP de piller les maigres ressources de notre pays. Devant la contestation qui s’élevait de partout, le régime du MPP (Mouvement du peuple pour le progrès, parti au pouvoir : ndlr) a revu les chiffres à la baisse. Désormais, sur le budget de près de 178 milliards de francs CFA, environ 58 milliards de francs CFA sont affectés à la location d’hôtels et à la restauration.

L’Opposition rejette à nouveau ce budget dont la seule finalité est de distribuer des milliards à un groupe d’amis au pouvoir. Avec les 58 milliards que le MPP veut « mouta-mouta Â», il est possible de construire un autre Centre hospitalier universitaire comme celui de Blaise Compaoré (Tengandodo, si vous voulez, a coûté 45 milliards). Et il restera suffisamment de ressources pour équiper convenablement les autres CHU et faire dignement face à la pandémie.

L’Opposition invite les Burkinabè à rejeter ces dépenses de folie. Encore que les destinataires de ces dépenses, les malades, n’en perçoivent rien. En effet, selon le témoignage de plusieurs proches de malades du Coronavirus, le traitement réservé à ces patients admis au CHU de Tengandogo est inhumain et cruel. L’un de ces témoignages est celui publié dans le dernier numéro du journal L’Evénement, et montrant tout le calvaire vécu par notre défunt concitoyen Marvin SAWADOGO dans cet établissement sanitaire, jusqu’à ce qu’il meurt et que son corps soit jeté à l’oubli pendant trois jours.

Pire, selon le Dr Arouna LOURE, éminent anesthésiste-réanimateur de son Etat, s’exprimant à l’émission « 7 Infos Â» de BF1 le dimanche, 12 avril dernier, aucun des malades de coronavirus n’a été admis en réanimation. Autrement dit, certaines d’entre les 28 personnes mortes de la Covid-19 auraient pu être secourues et sauvées. Pourquoi l’équipe soignante ne l’a pas fait ?

L’Opposition politique, comme l’ensemble des Burkinabè, attend des réponses claires et convaincantes à cette question. En outre, au regard de la gravité des allégations, l’Opposition politique demande solennellement au Président de l’Assemblée nationale d’engager une enquête parlementaire sur le traitement des malades à l’hôpital de Tengandogo. Cela fait partie des rôles de la Représentation nationale. Et c’est sur ce terrain qu’on attend Son Excellence Alassane Bala SAKANDE, au lieu de l’organisation de tontines, ou du fait de se pavaner dans les rues de Ouagadougou pour distribuer allègrement de l’argent mal acquis.

Disons-le tout net : le rôle de l’Assemblée Nationale n’est pas de se substituer au Ministère de l’Action sociale ou à celui de la Santé, ou même celui des finances pour organiser des collectes d’argent en vue de lutter contre le Coronavirus.  Le soi-disant « coronathon Â» de Bala SAKANDE est une confusion de rôles, un désordre institutionnel et un populisme qui n’apportent pas de plus-value au combat contre la pandémie. L’Assemblée Nationale ou son Président peuvent donner leur contribution à la lutte contre le Coronavirus. Mais de là, à se substituer à d’autres institutions, c’est un pas de trop.

A ces mélanges de genres s’ajoutent les contradictions flagrantes au sommet de l’Etat. Vous avez tous été témoins du ping-pong entre le Ministre de la santé, le Ministre de la communication, le Ministre en charge de la Recherche scientifique et le Coordonnateur de la Riposte au sujet de l’Apivirine. Vous avez aussi vu fleurir des initiatives pêle-mêle à la présidence, dans des ministères et au sein du MPP. C’est cela qu’Emile Pargui PARE, un cacique du MPP, a qualifié de « cacophonie au sommet de l’Etat Â» dans une interview accordée à Radio Oméga.

Venant d’un idéologue du Pouvoir en place, ces critiques apportent du grain au moulin de l’Opposition qui a toujours dénoncé le tâtonnement et l’incompétence du régime du MPP. L’opposition politique voudrait simplement rappeler à Emile Paré qu’en 2015, il qualifiait Roch Christian Kaboré comme étant la solution. Oui « Roch la solution Â» contrairement à ses déclarations sur Radio Oméga où il rétrograde subtilement mais honteusement en disant que « Roch est la réponse Â». Quelle réponse ??? La mauvaise, oui ! Monsieur le chargé de formation de l‘institut MPP, la réponse n’est pas forcement la solution. Le cas de Roch est très illustratif.

Mais la solution est forcément la réponse attendue par nos populations désabusées. Roch et son gouvernement sont loin d’être la solution, ils sont le problème aujourd’hui, enfin….les problèmes ! N’est-ce pas cela qui a poussé son plus proche et jeune conseiller Adama KANAZOE à reconnaître la corruption avancée en amont de la construction budgétaire de l’Etat afin d’assurer sa sinistre réalisation ? Dans le même registre de contradictions au sein du pouvoir, nous avons lu avec stupéfaction, la lettre ouverte adressée par de supposés membres du BPN (Bureau politique national) du MPP à la ministre de la Santé. Cette lettre virulente critique la gestion désastreuse de la pandémie du coronavirus par la ministre de la Santé.

En tout et pour tout, le MPP n’a répondu qu’avec une timide mise au point sous forme de tract dans lequel il exalte la Liberté d’expression en son sein, sans apporter le moindre soutien à la ministre incriminée. L’Opposition politique, au regard des informations confidentielles contenues dans la lettre desdits membres du BPN, et au regard de la réponse molle du parti au pouvoir, estime que le régime en place veut utiliser la ministre de la Santé comme bouc émissaire, et fuir ainsi ses responsabilités. Les manquements dont fait cas la lettre sont avérés, mais ils ne sont pas du seul ressort de la pauvre ministre.

C’est en réalité le procès du régime qui est fait de l’intérieur, c’est à dire par ses propres membres. Mais pour quelle finalité, quand on sait que les mêmes qui ont rédigé la lettre ne sont mus que par la volonté de piller, par l’égoïsme politique et l’incompétence notoire qui caractérisent le MPP ? Mesdames et Messieurs les journalistes, La crise du coronavirus a un impact certain sur les plans économiques et social ; et notamment dans les domaines de l’Education et le Commerce.

A travers un communiqué du Ministre chargé de l’Education nationale, nous avons appris que la reprise des cours a été repoussée au 28 avril prochain. Beaucoup de parents d’élèves s’inquiètent de cette annonce, puisque nous sommes toujours en pleine crise sanitaire. Comme solution, le ministère envisagerait la distribution de cache-nez et de savons achetés à plusieurs milliards. Cette décision unilatérale ne nous semble pas judicieuse. Pour nous, la meilleure solution, c’est celle qui aura été arrêtée de commun accord avec tous les acteurs (Ministère de la Santé, enseignants, parents d’élèves, élèves majeurs, responsables d’établissements,…) Il faut éviter de sauter dans l’inconnu avec l’avenir des enfants. Rouvrir les écoles demande des garanties suffisantes quant à la sécurité et la santé des enseignants et des élèves.

En tout état de cause, s’il y a reprise, il faudra privilégier les classes d’examen où il y a plus d’urgence. Concernant les marchés, l’Opposition politique estime qu’il faudra les rouvrir à l’expiration de la décision, avec des mesures strictes de sécurité sanitaire : Filtrage des entrées, lavages obligatoires de mains, port de masques, contrôles de température, équipe de veille, police d’hygiène, espacement obligatoires, …. Il le faut parce que notre pays n’a pas les moyens d’une fermeture prolongée des marchés. La plupart des citoyens vivent au jour le jour, et leur priver de leur pitance quotidienne reviendrait à créer un problème aussi grave que le coronavirus.

Chers amis de la presse,

La crise sécuritaire continue de faire des ravages dans notre pays. Il est clair que le terrorisme fait plus de morts que le coronavirus dans notre pays. Les dernières attaques en date sont celle contre le détachement militaire de Sollé ayant fait 5 morts, et celle contre le détachement de Djibo et une unité de la Gendarmerie, ayant occasionné la mort d’un militaire. Les médias ont aussi fait cas de l’assassinat d’un agent de sécurité sur l’axe Pama-Fada. Les attaques contre les civiles, elles, sont très récurrentes. Face à ces attaques barbares, nos braves Forces de défense et de sécurité opposent une vigoureuse riposte. C’était le cas, par exemple, lors de l’attaque de Djibo où six terroristes ont été neutralisés.

Les civils contribuent grandement à la défense de la mère patrie, y compris à travers les volontaires pour la défense de la patrie (VDP). Malheureusement, ces derniers sont devenus des cibles privilégiés des terroristes. Où est donc passé le Premier ministre ? Où est donc passé le ministre de la Défense ? Leur silence inquiète le vaillant peuple burkinabè.

C’est pourquoi l’Opposition politique demande une meilleure protection des VDP, non seulement de la part de l’Etat central, mais aussi de la part des collectivités territoriales dont ils relèvent, et des communautés dont ils font partie. L’Opposition politique appelle à une solution diplomatique par la négociation plutôt que de continuer dans un errements orgueilleux qui endeuille chaque jour nos compatriotes.

Enfin, la saison pluvieuse approche à grands pas, et il n’y a toujours pas de solution pour les 800.000 déplacés internes qui ont fui leurs champs et abandonné tout derrière eux. Une famine est à craindre. C’est pourquoi l’Opposition demande au Gouvernement et aux amis du Burkina d’agir à temps, pour sauver des vies.  Pour notre part, nous apporterons toujours un maillon à la chaine de solidarité, et nous-nous ferons le porte-voix des populations victimes d’attaques.

 

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