Burkina : «Le président dit qu’il expose et laisse chacun choisir. C’est une erreur», Newton A. Barry Spécial

mardi, 15 novembre 2022 09:19 Écrit par  Infobf.net Publié dans Société

Le président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré face aux hommes politiques et les Organisations de la société civile, le 11 novembre 2022, a tenu un discours direct, un parlé-franc sur les réalités de la situation sécuritaire au Burkina Faso à ce jour. Ce discours accueilli de diverses manières dans l'opinion publique, voici ici le regard porté par le journaliste et ancien président de la CENI, Newton Ahmed Barry.

Le drame de voir les choses avant le commun des mortels.

Le récit de la situation nationale a semble-t-il ému jusqu’aux larmes certains grands acteurs du pays. Tant mieux ! Pourtant depuis 2017, régulièrement nous avions prévenu : « si nous refusons de mourir debout à Djibo et dans le Soum, nous allons mourir comme des poulets à Ouagadougou et à Bobo… ».

On ne nous a pas écoutés. Aujourd’hui le président évoque ouvertement l’éventualité de perdre Ouaga et Bobo. Le gros du peuple est étonné, mais depuis plus d’un semestre maintenant, les groupes djihadistes le disent sur leurs sites d’information et le répètent dans leur prêche autour de Ouahigouya, à Djibo et autour de Fada.

Quand en avril dernier j’avais osé prévenir des propos diffusés par les terroristes « nous allons fêter Ramadan à Ouahigouya et la Tabaski à Ouagadougou », beaucoup, tout à leur « Damibalotrie » s’étaient acharnés sur mon « doigt » au lieu de regarder la lune que je leur montrais. Une fois de plus la fumisterie de ceux qui croient aimer le pays plus que d’autres. Ils sont nombreux et se déportent comme des oiseaux mange-mil de tenants du pouvoir en tenants du pouvoir. Ce sont pour l’essentiel les mêmes. Aujourd’hui cette éventualité est clairement évoquée par le président de la transition. J’ai vu certains hommes politiques, la mine déconfite écouter le président Traoré. Ces gens ne pensent pas au pays.

C’est inutile d’aligner les sermons, peu importe le trémolo dans la voix qui l’exprime. Maintenant que faire ? Le président dit qu’il expose et laisse chacun choisir. C’est une erreur. Devant les situations de péril, il a appartient au leadership éclairé, en s’appuyant sur les ressorts de la loi, d’indiquer la voie à suivre. La loi lui donnant les moyens de cette contrainte. C’est à vous Président Traoré de vous assumer.

Cependant, deux choses importantes :

– la première des choses, elle ne fera pas plaisir et pourtant nous allons être tôt ou tard contraints à nous y résoudre: les militaires n’ont pas vocation à faire la politique. Dans les conditions actuelles un militaire à la tête du pays avec toute sa bonne foi, ne nous sortira pas du bourbier…

– Deuxio, le constat du président Traoré sur l’abandon des populations est vrai. Cependant, la crainte c’est qu’on ne voit pas, même avec les premiers (bientôt) 60 jours du MPSR 2, une amorce de changement. Président Traoré, la faillite des prédécesseurs n’est pas une excuse absolutoire à votre échec. Elle peut justifier et rendre acceptable la raison de votre prise du pouvoir. Mais elle ne vous absout pas. Au contraire, elle accroît encore plus votre responsabilité. C’est le dicton Dioula « mogo ma mogo welé ».

J’ai lu, les premières sorties du porte-parole du gouvernement sur la situation de Holdè (Soum). Je me réjouis de la présence des prévôts dans les unités combattantes. C’est une idée que nous avons proposé depuis 2017. Mais elle ne semblait intéresser ni les politiques ni l’Etat-major de l’armée. Or pour gagner une guerre, contrairement à la théorie de l’armée coloniale, on ne doit pas être plus cruel que l’ennemi. Il faut être plus vertueux que l’ennemi. C’est la vertu de l’armée qui lui attire la sympathie et l’osmose de la population.

Dans une guerre, c’est connu, la partie qui gagne la population gagne forcément la guerre. Dans cette guerre contre le terrorisme, principalement dans les épicentres du conflit, nous avons perdu les populations. Il est donc impossible, sauf si nous revoyons de fond en comble l’approche, d’espérer une victoire. Il est possible toujours d’exterminer les populations et de parvenir à une paix des cimetières. Mais tout le monde sait que ce serait une victoire à la Pyrrhus. Ça veut dire que ce serait une fausse victoire.

Exhortations :

Président Traoré, dire la vérité aux politiques c’est bien. Mais vous ne serez pas jugé à votre degré de sincérité. Mais au succès que vous allez engranger sur le terrain de la lutte contre le terrorisme. Je vous souhaite de ne pas succomber au charme de la politique des chiffres. La guerre dans sa noblesse a un objectif. Pas celui d’aligner les macchabées, mais de rétablir le territoire et la dignité des habitants. Faites en sorte que d’ici vos 90 jours, aucun Burkinabè ne fuit en voyant un militaire.

Les populations doivent se sentir en sécurité en voyant nos boys. Une fois que cela est réalisé, le revers de l’ennemi va commencer. Enfin, il ne me semble pas approprié et publiquement d’exposer les dissensions au sein de l’armée. Comme chef suprême des armées vous avez tous les moyens d’y faire face. Une dernière chose, n’oubliez pas la parole. C’est elle qui fait l’homme.

Si vous n’abrogez pas le décret sur la rémunération des hautes personnalités dans les délais raisonnables, ça va devenir un boulet qui va empêcher tout le reste. Il ne faut pas minimiser le sens de la justice sociale des Burkinabè. C’est le dénominateur commun de ce pays, malgré nos hypocrisies !

Allah aide, ceux qui s’aident !

Newton Ahmed Barry (NAB)

 

 

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